Guerre en Ukraine. Washington juge « crédible » que Moscou « vole » du blé « pour le vendre »

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Les États-Unis estiment que la Russie pourrait organiser le vol des céréales ukrainiennes, afin de créer une pénurie et de se servir des stocks comme moyen de chantage. Washington a également dénoncé l’intimidation des journalistes américains par le Kremlin.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a jugé lundi 6 juin 2022 « crédibles » les informations selon lesquelles la Russie « vole » les exportations de céréales ukrainiennes, bloquées en raison du conflit, « pour les vendre à son propre profit ».

« Tout cela est délibéré », a-t-il dit lors d’une conférence virtuelle sur l’insécurité alimentaire, accusant le président russe Vladimir Poutine de faire du « chantage » pour obtenir une levée des sanctions internationales contre l’invasion de l’Ukraine.

Il a estimé que Moscou avait en outre commencé à garder ses propres exportations de nourriture, après avoir imposé un « blocus naval en mer Noire qui empêche les récoltes ukrainiennes d’être acheminées » à travers le monde.

Le New York Times a rapporté que Washington avait averti mi-mai 14 pays, principalement en Afrique, que des cargos russes transportaient des « céréales ukrainiennes volées ». Antony Blinken a fait référence à cet article du quotidien américain, sans toutefois confirmer directement l’alerte adressée aux pays africains.

L’ambassadeur d’Ukraine à Ankara avait accusé dès vendredi la Russie de « voler » et d’exporter des céréales ukrainiennes notamment vers la Turquie.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dit lundi 6 juin 2022 que 20 à 25 millions de tonnes de céréales étaient actuellement bloquées en Ukraine en raison de la guerre, un volume qui pourrait tripler d’ici l’automne.

« Nous avons besoin de couloirs maritimes et nous en discutons avec la Turquie et le Royaume-Uni » ainsi qu’avec l’ONU, a-t-il affirmé.

Le conflit russo-ukrainien oppose depuis le 24 février deux superpuissances céréalières – la Russie et l’Ukraine assurent à elles deux 30 % des exportations mondiales de blé. Il a provoqué une flambée des cours des céréales et des huiles, dont les prix ont dépassé ceux atteints pendant les printemps arabes de 2011 et « les émeutes de la faim » de 2008.

Intimidation des correspondants des médias américains

Les États-Unis ont par ailleurs accusé la Russie d’« intimider » les correspondants des médias américains à Moscou, convoqués par la diplomatie russe qui les a menacés de représailles en raison des sanctions américaines.

« Le ministère russe des Affaires étrangères a convoqué vos collègues pour leur ‘expliquer les conséquences de la ligne hostile de leur gouvernement dans la sphère médiatique’ », a déclaré à la presse à Washington le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price.

« Soyons clairs, le Kremlin mène une attaque en règle contre la liberté de la presse, l’accès à l’information et la vérité », a-t-il affirmé, dénonçant un « effort clair et flagrant pour intimider des journalistes indépendants ».

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova avait menacé fin mai d’expulser des médias et journalistes occidentaux si la plateforme YouTube bloquait, comme elle l’a déjà fait, ses briefings hebdomadaires. Vendredi, elle avait encore accusé Washington de « réprimer les médias russes » aux États-Unis.

« Ils font tout leur possible pour rendre impossible le travail des médias russes »« s’ils ne normalisent pas le travail des médias russes sur le territoire américain, nous riposterons avec des mesures énergiques », avait-elle prévenu, annonçant que les représentants des médias américains étaient « invités » ce lundi au ministère russe des Affaires étrangères.

Selon Ned Price, son homologue américain, Moscou réagit ainsi à l’inscription sur la liste noire américaine, il y a un mois, de trois chaînes de télévision russes, Pervy Kanal, Rossiïa-1, et NTV, dans le cadre des sanctions internationales contre l’invasion de l’Ukraine.

Il s’agit d’une « fausse équivalence », a protesté le responsable américain. Il a assuré que les médias sanctionnés étaient « des outils de la propagande du gouvernement russe » dont « les revenus soutiennent la guerre » du président Vladimir Poutine, et qui ne pouvaient pas être mis « sur le même plan » que des journalistes américains « indépendants » et « impartiaux ».

« Les États-Unis continuent de délivrer des visas à des journalistes russes, et nous n’avons annulé l’accréditation d’aucun journaliste russe travaillant aux États-Unis », a-t-il plaidé.

 

ouest-france.fr

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