Congrès mondial de la nature. La pollution plastique coûte 300 millions à l’Europe

Europe

Les directives européennes sur les plastiques n’ont pas encore porté leurs fruits. Un point « pollution » avec l’Ifremer, avant le Congrès mondial de la nature qui débute ce vendredi 3 septembre 2021, à Marseille.

Alors que le Congrès mondial de la nature débute ce vendredi 3 septembre 2021, à Marseille (Bouches-du-Rhône), un point « pollution » est fait avec l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer).

Où la pollution est-elle la plus dense ?

Les « gyres » ​de plastiques, les zones d’accumulation massive de déchets à la surface du Pacifique, de l’Atlantique et de l’océan Indien, émeuvent le monde entier depuis trois décennies ? C’est pire dans les fonds marins. La dernière campagne de prélèvements qu’Ifremer a effectuée avec des chercheurs italiens et monégasques, en Méditerranée, montre que 95 % des déchets plastiques s’échouent dans les profondeurs. La pollution en surface des océans n’est que la partie immergée de l’iceberg​, alertait l’Italienne Michaela Angiolillo, lors de la publication de l’étude en juin 2021.

Quelles conséquences pour la biodiversité ?

Elle est diverse, selon François Galgani, le « Monsieur plastique » d’Ifremer, qui murmure les dégâts à l’oreille de l’Union européenne depuis longtemps. Les déchets – dont 44 % d’emballages – peuvent « couvrir » ​et étouffer des espèces. En suivant les courants, ils peuvent aussi servir de véhicules à de petits organismes, qui ne sont pas forcément les bienvenus, une fois arrivés à destination. Le tsunami de 2011, au Japon, a été une véritable arche de Noé : 290 espèces ont été transportées ainsi jusqu’aux côtes américaines du Pacifique, raconte l’océanographe.

Le plus dangereux des déchets est sans doute le filet de pêche qui continue à jouer son mauvais ​rôle de capture, une fois décroché. Le plastique affecte aussi des activités vivrières comme la culture des huîtres perlières en Polynésie.

 

Combien coûte cette pollution plastique ?

Cher. L’Union européenne estime qu’elle dépense 300 millions d’euros par an pour nettoyer ses plages ou secourir les bateaux dont l’hélice s’est prise dans un filet en déshérence. Dans le monde, on parle de huit milliards de dollars, rappelle François Galgani. Cette estimation ne tient pas compte des conséquences sur la santé que ce dérivé de pétrole cause, lors de sa combustion. 85 % du plastique que l’homme ingère l’est par voies respiratoires.

Les déchets sont-ils en diminution ?

Les directives européennes sur l’interdiction des plastiques à usage unique sont à peine entrées en vigueur et des dérogations ont été accordées pour écouler des stocks. Aussi, François Galgani n’entrevoit pas d’amélioration avant quelques années. Pire. Ifremer a participé à une nouvelle étude, avec des Japonais, qui devrait être publiée ces jours-ci dans une revue scientifique. En conférence de presse, cette semaine, le chercheur a laissé entendre qu’il fallait s’attendre à des taux de concentration de plastiques dix fois plus importants dans l’océan.

Où en est la lutte ?

Le milieu de la pêche fait des progrès sur les filets grâce à des opérations comme GhostMed. Depuis 2015, ce programme a permis de repérer plus de 1 400 filets fantômes en Méditerranée, dont beaucoup ont été récupérés. Basé sur la surveillance des usagers de la mer, il comprend une carte interactive, qui sert autant à la prévention d’éventuels accidents qu’à la récupération de ces déchets-pièges. Ifremer cite d’autres innovations comme des filets avec une évacuation prévue pour les captures accidentelles de tortues (testée et approuvée en Guyane) et des capteurs pour identifier les filets.

Mais pour l’origine du désastre – dont les 44 % d’emballages – États et industriels tâtonnent encore. Le recyclage et le réemploi des plastiques en sont à leurs balbutiements et la filière continue de produire de nouveaux plastiques complexes que personne ne sait recycler.

Le Congrès mondial de l’UICN fera-t-il avancer la cause ?

La pollution plastique n’est pas au cœur des enjeux, mais Ifremer participe à des événements de sensibilisation, lors du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), du 3 au 11 septembre 2021. Beaucoup d’écologues misent sur les 30 % d’aires marines protégées contre les dégâts des activités humaines, que l’UICN promeut, dans le cadre du futur accord mondial pour la biodiversité. Les États ont le choix de l’adopter au printemps, lors de la COP15, prévue en Chine.

 

ouest-france.fr

pixabay

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